International - Chine

Xi Jinping, président à vie ? La Chine et le retour du temps long…

Journaliste, écrivain
 

Il y aujourd’hui dix ans, Emmanuel Todd, démographe et historien, signait un brillant essai, Après la démocratie. À l’en lire, notre système politique, démocrate et libéral, que nos dirigeants tiennent pour modèle universel vers lequel tous les pays tendraient ou devraient tendre à parvenir ne serait, finalement, qu’une simple parenthèse dans l’histoire de l’humanité.

L’actualité semble lui donner raison, et même Nicolas Sarkozy en convient qui, à l’occasion du forum « Ideas Weekend », récemment tenu dans les Émirats arabes unis, déclare : « Les démocraties sont devenues un champ de bataille, où chaque heure est utilisée par tout le monde, réseaux sociaux et autres, pour détruire celui qui est en place. Comment voulez-vous avoir une vision de long terme pour un pays ? C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, les grands leaders du monde sont issus de pays qui ne sont pas de grandes démocraties. »

Bref, le fameux « temps long », nécessaire pour prendre celui de comprendre le passé afin de mieux appréhender l’avenir, au contraire de nos démocraties privilégiant le « temps court », « temps » d’autant plus « court » qu’à peine élu, un Président doit déjà songer à sa possible réélection.

Le président Xi Jinping, c’est le moins qu’on puisse prétendre, laisse le temps au temps, sachant qu’après modification de la Constitution chinoise, le voici quasiment élu à vie, puisque pouvant se représenter autant de fois qu’il le voudra sans devoir s’encombrer d’une éventuelle concurrence. Vu d’ici, c’est le retour du défunt Mao et, pour certains, celui d’un communisme donné pour mort et enterré depuis des années.

Plus prosaïquement, et ce, à l’instar d’un Vladimir Poutine en Russie ou d’un Recep Erdoğan en Turquie, Xi Jinping ne fait que renouer avec la lointaine histoire de son pays. Le premier se voit comme un tsar, le deuxième tel un sultan ; le troisième estime s’inscrire dans la droite ligne des empereurs de jadis.

Là-bas, le communisme n’est ni moribond ni renaissant, le Parti communiste chinois n’étant que l’instrument de ce Grand Bond en arrière. Cet état de fait est d’autant plus ardu à comprendre en France qu’en décrétant que notre nation est née en 1789, nous nous sommes coupés de nos racines aussi sûrement que l’on tranchait, au passage, la tête du roi Louis XVI, laissant ce « vide » si justement évoqué par Emmanuel Macron.

En effet, il n’est pas besoin d’être un royaliste acharné pour se rendre compte que tout ce qui fait la France d’aujourd’hui nous vient grandement de nos monarques d’hier. Il a fallu mille ans et quarante rois pour donner à la France la physionomie que nous lui connaissons encore en ce début de XXIe siècle. Depuis, à défaut de rois, c’est l’instabilité structurelle qui règne, avec deux empereurs, trois souverains et six républiques, en comptant celle de Vichy, et la France qui, inexorablement, donne le sentiment de se défaire.

Il y a quelques mois, Le Point consacrait un long dossier à la question chinoise, donnant la parole aux stratèges de Pékin. Il était frappant de constater que ces derniers, à propos de la France, évoquaient principalement celle de Colbert et de Louis XIV, la référence la plus récente étant Charles de Gaulle. Tout comme Vladimir Poutine fait référence aux rapports serrés entre Pierre le Grand et le Roi-Soleil et Recep Erdoğan au traité d’amitié signé entre François Ier et Soliman le Magnifique, les Chinois voient autre chose chez nous que la simple « patrie des droits de l’homme »…

Eux ont compris que, malgré les changements de régimes, les nations poursuivaient toujours, sur le « temps long », les mêmes objectifs fondamentaux en matière de géopolitique, alors que nous avons plus tendance à privilégier le moyen (la démocratie) que la fin (la France). Ce qui explique aussi pourquoi Xi Jinping, au lieu de faire comme si le président Mao n’avait pas existé, préfère l’inclure dans le grand roman national chinois, alors que nous nous acharnons à amputer le nôtre et à diaboliser ce qu’il en reste.

Même Nicolas Sarkozy semble l’avoir compris. C’est dire…

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